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HISTOIRE de MAMAR DOUANI

Libération.samedi 26 octobre 2002
Lettre ouverte de l'écrivaine Nancy Huston à Sarkozy:
"Si Mamar Douani est expulsé, sa vie sera détruite"
Par Nancy HUSTON

Monsieur le Ministre, je vous écris au sujet de Mamar Douani, actuellement en liberté conditionnelle après près de dix-huit ans d'incarcération criminelle, et qui se trouve devant la perspective accablante de subir la "double peine" : il est passé le 23 octobre 2002 devant une commission à Toulon qui a donné à son dossier un avis défavorable ; si cette décision est suivie par la préfecture, il sera expulsé de France et sa vie en sera détruite.
J'ai rencontré M. Douani à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, où il faisait partie d'un club de lecture à la bibliothèque Toni-Morrison. Je suis allée à quelques reprises, en 2000 et 2001, discuter avec les membres de ce groupe et M. Douani m'a frappé par sa vivacité, son intelligence et la qualité de ses interventions. Voici l'histoire de sa vie dans ses grandes lignes.
Les deux parents de M. Douani sont nés en Algérie. Son père est venu en France en 1948 et sa mère, en 1959. Son père a travaillé jusqu'à la retraite pour la voirie de Saint-Raphaël ; presque tous leurs enfants ont la nationalité française, soit par naturalisation, soit parce qu'ils sont nés après le 1er janvier 1963, date de la loi qui la confère automatiquement aux enfants de ressortissants algériens nés sur le sol français. Mamar lui-même est né en octobre 1962, trois mois avant la promulgation de cette loi. Il a donc la nationalité algérienne, bien qu'il n'ait jamais appartenu qu'à la société française (naissance, fratrie, langue, scolarité... et, de plus, la naissance imminente en France, fin décembre, d'un enfant).
A la fin de la guerre d'Algérie, la famille Douani a été "expulsée" de son logement au centre de Saint-Raphaël et Mamar a grandi dans un bidonville ; jusqu'à l'âge de 12 ans, ils n'avaient ni eau courante ni électricité et cette misère a été pour lui, dès l'école primaire, source de honte, de ressentiment et, pour finir, de révolte. Il a glissé comme tant d'autres dans la délinquance, d'abord "petite", ensuite beaucoup plus grave. A l'âge de 22 ans, il a été condamné à une peine de vingt ans de réclusion criminelle, dont il a purgé 17 ans et 9 mois. Il a obtenu une remise de peine en 2001 pour bonne conduite, tant envers ses codétenus qu'envers les gardiens, participation à la vie de l'institution, etc. Surtout, il a mis à profit ses années de détention pour se transformer intérieurement : ses lectures et réflexions l'ont amené à la décision de reprendre son destin en main. Animé d'une force de volonté hors du commun, il a obtenu son équivalence du bac et un certificat de "cuisine gastronomique" ; pendant ses neuf mois de semi-liberté cette année, il a travaillé à plein temps dans un restaurant à Saint-Raphaël ; depuis sa libération conditionnelle le 2 septembre, il a un contrat à durée indéterminée.
Mamar Douani ne demande qu'une chose : la possibilité, ayant payé sa dette envers la société, de se réintégrer pleinement à celle-ci et de mener une vie normale avec sa femme et leur enfant. Il a donné mille preuves de sa bonne volonté et de sa capacité de redevenir un membre de la société française à part entière. La perspective d'une expulsion en Algérie est, dans son cas, réellement catastrophique : c'est un pays où il n'a jamais vécu, toutes ses attaches sont en France et ses tentatives sincères pour redémarrer sa vie sur des bases saines et constructives s'en trouveraient anéanties.
Merci de tout ce que vous pourrez faire pour empêcher cette injustice.


Comité de soutien Mamar Douani.

Ecrivains ayant exprimé leur solidarité avec l¹action de Nancy Huston en faveur de Mamar Douani et contre la double peine : Séverine Auffret ; Adam Biro ; André Brink ; Howard Buten ; Philippe Caubère ; André Comte-Sponville ; Carole Fréchette ; Paula Jacques; Mohamed Kacimi ; Annie Leclerc ; J-M-G et Jemia Le Clézio ; Leïla Sebbar ; Tzvetan Todorov.

Autres signataires : Colette Berthès, Association contre la peine de mort ; Guy Fischer; vice président du sénat, Sénateur du Rhône ; Rony Brauman, médecin ; Noël Mamère, député Vert à l¹Assemblée nationale.

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