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Campagne nationale contre la double peine Récits

La campagne "Une peine point barre"
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Récits

"Lyon : 20 ans de lutte"

Grève de la faim pour le droit de vivre en famille

Le 4 mai 1999, Lila Bouguessa, vénissiane de 44 ans et mère de 4 enfants entame une grève de la faim avec l'espoir de mettre enfin un terme au fragile statu quo juridique qui menace quotidiennement sa famille.

Lila est la compagne de Moncef Khalfaoui, 39 ans, avec qui elle a eu 3 enfants.
janvier et le verdict de la Cour d'Appel de Lyon, qui exclut définitivement le relèvement de l'Interdiction définitive du Territoire Français (ITF) de Moncef, leur seul espoir est de voir son Assignation à Résidence (AR) se renouveler tous les 6 mois pour ne pas avoir à craindre l'expulsion immédiate.
Cela signifie malheureusement pour Moncef et Lila qu'ils se doivent de respecter cette assignation limitée au département, et surtout que l'emploi trouvé par Moncef dans une entreprise de construction est menacé par la semestrialisation qui rythme sa vie.
Au nom du respect de ses enfants et de sa vie de famille, Lila entame donc ce cruel combat malgré l'avis de ses proches et de ses soutiens. Lila s'installe dans les locaux du Centre Culturel Oecuménique (CCO) de Villeurbanne où les différents soutiens commencent à s'organiser : on met en place des permanences jour et nuit, et le comité contre la double peine prend forme.
Les associations relèvent le difficile pari de Lila. Très vite le mot d'ordre est donné : il faut mobiliser " l'opinion publique ", et faire en sorte que l'appui des parrains et des personnalités (artistes, politiques...) mette en marche une dynamique visant à aider Lila dans sa lutte.
Dans cet optique, une campagne de " tractage " est organisée et un certain nombre de pétitions destinées Jacques Chirac et Elisabeth Guigou, font l'objet d'envois massifs.
Lila demande la grâce présidentielle pour Moncef et une carte de séjour de dix ans qui lui permettrait de pouvoir vivre en famille au grand jour.
Des contacts dans la rue semblent se mettre en place, mais lentement et difficilement. Un médecin volontaire de Médecins du monde, vient quotidiennement faire le bilan de santé de Lila. Son état de santé général, et ses antécédents médicaux (cancer des reins), ne permettent pas à Lila d'espérer continuer longtemps ce jeûne forcé.
Au bout de 8 jours, elle a perdu 6 kilos et les premières souffrances corporelles et morales se font sentir.
Les campagnes de pétitions, si elles paraissent essentielles, ne semblent pas porter ses fruits, néanmoins pas assez rapidement.
Au CCO, les manifestations de soutien se multiplient, et différentes personnalités font parvenir des messages de solidarités, tel Bertrand Tavernier, Patrice Chéreau ou André Gérin.
Cependant, le Comité prend conscience de la nécessité de " monter l'action d'un cran pour que le dossier parvienne à l'Elysée ".
Un réseau de communication via le téléphone, le fax et le courrier , s'établit entre le CCO, les soutiens divers et les ministères. Et pourtant trop lentement .
Le 11 Mai, une cellule de crise est improvisée dans les locaux de Villeurbanne : il faut épargner à Lila que sa grève ne s'éternise. Face au silence du Ministère de la Justice, il y est décidé d'interpeller tous les candidats aux éléctions européennes du 13 Juin 1999, sur la question de la double peine en général, et le sort de Lila et Moncef en particulier.
Une lettre type demandant un positionnement clair sur le sujet est donc faxée. En parallèle, le comité entreprend d'intervenir dans les meetings du P.S, afin d'accélérer les démarches auprès de Mme Guigou, de mettre les dirigeants locaux devant leur responsabilités, et de leurs rappeler un certain nombre de promesses verbales non tenues, sur l'abrogation des lois Pasqua-Debré notamment ( campagne présidentielle de Lionel Jospin en 1995).
Alors que Meïssa et Hacen, les deux plus jeunes enfants de Lilla s'amusent dans les couloirs du CCO, leur mère entame, le 17 Mai, son treizième jour de grève. Lila explique à ses deux gônes que le CCO est un hôpital et qu'elle s'y repose.
Cette semaine est rythmée par la préparation de la manifestation du 22 Mai qu'on veut décisive, et par une présence quasi-systématique à tous les meetings et manifestations du P.S : Villeurbanne (17.05), Vaulx-en-Velin en présence de Pierre Moscivici ( 20.05), Décines avec A.Barrau (28.05), ou encore la fête de la rose à Saint-Priest (29.05).
A chaque fois plusieurs dizaine de militants ont distribués des tracts à l'entrée et ont assisté à la réunion publique.
Le bilan demeure mitigé : le dialogue passe assez mal quand le ton ne se hausse pas carrément. Ainsi lors du meeting de Décines, un militant est violemment pris à parti par Y. Des-champs, conseiller régional et adjoint du 8ème : exemple frappant du climat tendu généré par nos actions.
Le comité informe directement et solennellement le chef de cabinet de Pierre Moscovici et S. Guillaume, secrétaire fédérale du Rhône, de la grève de la faim de Lila, et des enjeux qui y sont associés. Aucune prise de position clair n'est pourtant obtenue contre la double peine, le ministère se bornant à nous donner l'état d'avancement du dossier de demande de grâce ou à exhorter Lila à cesser son combat.
Parallèlement, depuis trois semaines la presse locale défile dans les couloirs exigus du CCO et Lila enchaîne les entrevus avec les journalistes. Son état ne lui permet plus de se lever trop fréquemment : le 21 Mai, son 17ème jour de grève, elle a perdu 9 kilos et la fatigue s'accompagne de pertes de mémoire.
Les réponses du ministère et de l'Elysée se font attendre, et le CCO est sur le " qui- vive ". Face à cette inertie institutionnelle et institutionnalisée persistante, un certain nombre d'actions " coup de poings " sont prévues. Ce même jour il s'agit tout d'abord pour sept militants représentant les diverses associations du collectif de soutien, de s'enchaîner symboliquement aux grilles de la préfecture, plaque tournante des I.T.F. Pendant qu'une délégation rencontre, sans grands espoirs un vague sous-chef de cabinet, une cinquantaine de militants joue à cache-cache avec les C.R.S en bloquant la circulation sur une file pour pouvoir distribuer des tracts aux automobilistes.
Le samedi 22, un défilé des membres du collectif de plus en plus nombreux, quelques centaines, a lieu de la place Bellecour aux Jacobins. Malgré ce nouvel appel d'air, les réponses tardent encore, il faut donc absolument que la lutte de Lila soit relayée à un niveau national alors qu'elle commence sa quatrième semaine de la faim.
C'est dans cette perspective que le collectif accueille plusieurs personnalités au CCO.C'est le cas de B. Tavernier et de son fils Nils, venus filmer la suite du documentaire , réalisé en 1998, sur les grévistes de la Faim.
Ils passent la journée du 24 Mai avec Lila. Le lendemain ils seront relayé par Monseigneur Gaillot et Emmanuel Ter-ray ( anthropologue), présents pour une conférence de presse.
Toujours au chapitre " personnalités agissantes " , le vendredi 28.05, c'est L.Schwartzenberg qui vient participer à l'action " coup de poings " de la semaine : des manifestants, réunis place Gabriel Péri, investissent les marches du Tribunal de la Cour d'Appel à Saint-Jean, antre de M.Finidori, suivis de près par les cordons de CRS.
Dimanche 30, Lila, après s'être vue en photo dans tous les journaux lyonnais et nationaux, se voit élevée au rang de célébrités locale par A. Gérin : elle de-vient citoyenne d'honneur de la ville de Vénissieux, symbolique récompense attribuée le jour de la Fête des Mères, Fête des Mères souhaitée publiquement par ses enfants et sa tribu familiale de militants.
A cette occasion, malgré la fatigue provoquée par les insomnies et l'hypoglycémie qui marque sa quatrième semaine de grève, elle vient demander qu'on écoute ses revendications qui n'ont pas changé.
Ainsi a-t-elle écrit personnellement cette semaine à Elisabeth Guigou, garde des sceaux.
La semaine suivante, tout s'enchaîne très vite : le réseau militant et sympathisant est mobilisé et motivé face à l'arrivée des derniers meetings électoraux réunissant les têtes d'affiches nationales.
La préparation du meeting de François Hollande (P.S) du 2.06 est particulièrement soignée : la demande de grâce ne va plus tarder à être transmise à l'Elysée par le Ministère de la Justice et il faut absolument que l'avis rendu par ce dernier soit favorable à la requête de Moncef.
Le dilemme pour le comité est de pouvoir agir efficacement et médiatiquement, sans que les actions envisagées ne freinent politiquement la décision de Lila. L'enjeu est donc de taille. L'esprit reste le même que celui qui a régit nos manifestations précédentes : dignité, respect d'autrui, mais aussi conscience de la justesse de notre cause et de la gravité de la situation physique familiale et sociale de Lila. C'est pour se conformer au mieux à ces exigences que le collectif organise notre intervention dans ce meeting.
Dans un premier temps, une délégation rencontre François Hollande, qui, de fait, s'informe plus du contenu du dossier que n'avance des solutions ; tandis qu'un petit groupe de militants distribue des tracts et fait signer des pétitions à l'entrée. A l'intérieur, une centaine de personnes, éparpillées dans la salle, attendent que la situation de Lila soit évoquée. C'est ce que fait S.Guillaume , enfin obligée d'en parler publiquement. A cet instant, les membres du collectifs de soutien, élargit à toutes les bonnes volontés, se lèvent masqués de blanc, et brandissent quelques minutes une grande photo en noir et blanc de Lila, où il est inscrit : " Double-Peine = Mort ".Puis ils quittent la salle, le tout dans le plus grand silence, la dignité.
Si le retentissement médiatique n'a pas été celui envisagé, l'action a marqué. A tel point que le maire P.S de Villeurbanne, M. Chabroux, en vient à menacer J.P Lachaize (CIMADE) de la potentielle fermeture du CCO, où le comité de soutien de Lila s'est organisé. Ainsi se font sentir les conséquences politiques de l'action désespéré de Lila. Malheureusement, ainsi se résument-elles aussi.
Suivent les meetings de la L.C.R - L.O (3.06) et des Verts (4.06). A.Krivine, comme D.Cohn-Bendit, iront rendre visite à Lila au CCO et dénonceront ouvertement le principe de la double peine. Malgré ces soutiens politiques, l'Elysée ne fait pas parvenir de réponses, mais prévoit une décision avant l'échéance des Européennes le 13 Juin. Pour Lila, Cela correspond à une périlleuse semaine d'attente : c'est la 6ème semaine qu'elle subit. Elle a perdu 16 kilos, le goût du sommeil, de la soif, et de la faim. L'inquiétude grandit, car les soutiens redoutent une action en force des autorités pour la prise en charge de Lila en milieu hospitalier. C'est donc en proie à une immense fatigue, malgré une tension instable, que Lila attend, désespérément.
Elle déclare dans la presse que c'est sa dernière chance, pour ses enfants et pour elle, de ne plus être frappée par cette triple peine. Samedi, un rassemblement Place Bellecour, réunit, une fois de plus, quelques centaines de soutiens, et nous permet de récupérer quelques pétitions réclamant la grâce de Moncef.
Malheureusement, le mercredi 9, plusieurs sources nous informent du rejet de la demande de grâce présidentielle.
Lila, épuisée, écoeurée, préfère pour l'instant cesser son combat et fêter les cinq ans de sa fille Meïssa, le 12 Juin.
Le verdict tombe en fait vendredi 11 Juin au matin : " Il n'a pas paru possible de réserver une suite favorable à votre requête ". Le courrier du Ministère de la Justice est abrupt et irrévocable.
C'est abattus que nous informons les passants de la rue de la République, qui connaissent à présent bien Lila, du tragique dénouement de notre lutte. En début d'après-midi, le samedi 12 Juin, Lila, entourée par quelques soutiens rebaptisent symboliquement le Cours de la Liberté, où se situe la préfecture et la Fédération Départementale du P.S., " l'impasse de la Double Peine ".
Le 14 Juin, Place des Terreaux, Lila et le comité annoncent vouloir continuer le combat contre la double peine en entamant un travail de fond axé sur le long terme.
" j'ai perdu une bataille, mais je n'ai pas perdu la guerre " : Lila refuse donc de plus bel l'intolérable et compte bien se battre, d'abord pour ses enfants, en démontrant au juge de la cour d'appel de Lyon que Meïssa et Hacen ne sont pas des pions dans une stratégie juridique , mais des enfants qui veulent vivre avec leur père, librement.
Plusieurs réunions sont dès lors organisées par le Comité, avec l'objectif à courte échéance de " remobiliser les troupes ", et de pouvoir mettre sur pieds les actions à venir : un meeting réunissant les soutiens et les acteurs politiques, et une manifestation nationale. Cela en vue d'obtenir au plus vite la mise en application de la circulaire Chanet, et de continuer à se battre à long terme, contre ce principe de " double peine " : aberration juridique entachant le blason démocratique de la France, et ne pouvant rester indéfiniment sans issue.

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