Double peine ?ActualitésAgissezRécitsLoisRessourcesLiensContact
Campagne nationale contre la double peine Récits

La campagne "Une peine point barre"
Acteurs
Objectif
Arguments
Actions
Agenda
Outils
Accueil
Retour

Récits

Mr Chalabi Brahim (A.U 90)
Centre pénitentiaire le Craquelin


Le 20 Mai 2002

Madame, Monsieur

J'ai 41 ans, je suis né à Paris 13ème. Je vis en concubinage depuis plus de dix- huit ans avec la même femme et nous avons quatre enfants. J'ai toujours vécu en France , j'y ai fait ma scolarité de la maternelle au lycée. Ma culture est française.

Le 8 novembre 1994, la police m'interpelle dans ce qui sera appelé le réseau Chalabi. Ma femme, ma petite sœur, mes deux belles sœurs, mes trois frères, mon oncle et moi-même sommes incarcérés après 96 heures de garde à vue. 114 heures en ce qui me concerne ;pour "associations de malfaiteurs en relations avec une entreprise terroriste", (délit fourre tous) 18 petits enfants se retrouvent orphelin.
Après 17 mois et 15 jours de détention préventive, je suis libéré par le juge J.L B.. Je pointe toutes
les semaines au commissariat de police pendant deux années. Et en plus de ça, je dois aller à la préfecture faire renouveler mon titre de séjour tous les mois dans un premier temps et tous les trois mois dans un second. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'avant même d'être jugé l'autorité me refuse déjà
mon droit de séjour. Cela dura plus de cinq ans.

En septembre 1998, arrive le jugement dans un gymnase de l'administration pénitentiaire à Fleury Mérogis. La majorité des avocats dont le mien boycotte les débats et je suis condamné à 4 ans de prison ferme et à une interdiction définitive du territoire français, sans avoir été entendu ni défendu. J'ai été pris en otage entre la justice qui tenait absolument à ce que le procès ait lieu et par le mouvement de contestation des avocats qui eux le refusait.

En janvier 2000, je passe en cour d'appel et la sanction est confirmée.

En février 2001, la cour de cassation statue et confirme une fois de plus.

Le 18 juin 2001 après avoir moi-même pris rendez-vous avec le service de mise en application des peines, je me rends au TGI de Paris afin de me faire incarcérer et finir ma peine. Est ce là le comportement d'un délinquant ou d'un islamiste?

Après 4 mois de détention, j'effectue une requête en relèvement d'interdiction. Je suis convoqué au TGI de Paris et j'en repars dépité. Une fois de plus, on ne m'a pas laissé dire un mot, ma requête a été rejetée après deux mois de délibéré.


Deux mois (d'attente pour ma concubine, mes enfants et moi-même ) pour dix minutes pendant lesquelles, l'avocat général n'a rien requis, pas dit un mot.
Dix minutes de concertations entre le juge et mon avocat, mais où je n'ai pas été concerté. Et finalement ma requête est rejetée, avec pour conclure, cette superbe phrase de monsieur le président du tribunal, insultante et déshonorante envers mon père :"si votre père a fait 13 campagnes en 39/45 et passé 9 années sous les drapeaux français c'est qu'il y était obligé".

Aujourd'hui, plus personne ne m'écoute et je ne sais plus quoi faire, alors j'ai décidé d'écrire à tous les ministères, à l'Elysée, à toutes les associations possibles, aux grands quotidiens et aux chaînes nationales pour dénoncer cette justice qui ne juge pas mais qui châtie, qui n'entend pas, n'écoute pas et ne comprend rien, qui est raciste et injuste.

Cette même justice qui après 5 années de remise en liberté, d'un véritable parcours du combattant pour obtenir un job en pointant tous les lundis matin, en étant obligé de solliciter chaque trimestre une journée complète pour renouveler ce titre me permettant de travailler, me fait revenir en prison.

Et comme cela ne lui suffit pas, elle veut absolument m'envoyer dans un pays que je ne connais même pas, dont je ne comprends et ne parle pas la langue et n'ai nul endroit où aller.

Cette même justice qui en me bannissant, renie mon grand-père et mes deux grands-oncles "tombés" à Verdun. Elle qui crache à la figure de mon père qui a donné 9 années de guerre pour la France, 13 campagnes et deux fois blessé qui, pour seul remerciement, a obtenu un balai de la ville de Paris pour nettoyer les rue de Bastille à la gare de Lyon.

Cette justice qui fera de ma concubine une veuve et de mes quatre enfants de 3 ,7,10 et 12 ans, des orphelins, car elle en a décidé ainsi.

Cette même justice, qui a envoyé chez ses bourreaux un condamné à mort (Mohamed Chalabi) car elle n'a même pas le courage de faire cette sale besogne elle-même.

Ce pays m'a vu naître, m'a éduqué, m'a laissé fonder une famille et aujourd'hui me dit après 41 années sans histoire, "dégage, tu es un étranger".

Alors je dis, à cette justice que si elle ne veut pas de moi, si je suis indésirable, qu'elle sache que mes enfants et ma femme ne lui appartiennent pas, qu'ils n'ont aucun droit sur eux. Qu'ils n'ont aucun droit de briser leur avenir par une décision surréaliste.

Qu'elle respecte notre dignité et qu'elle nous permette au pire de trouver un pays d'accueil, afin que mes enfants, ma femme et moi même puissions reconstruire une vie saine et durable loin de ces aberrations.

Face au grand élan de solidarité nationale de ces derniers jours, je voudrais que cette justice se montre digne du peuple qui est descendu dans la rue pour rejeter l'intolérance et que pour une fois en huit ans de calvaire, je puisse sentir qu'elle est aussi capable quand elle le veut, de combattre avec détermination l'injustice et l'inégalité, où qu'elle se trouve.

Je joint à cette missive toutes les pièces prouvant de mon attache et de mon intégration à ce pays. Et je vous signale par ailleurs, comme je l'ai toujours fait devant toutes ces personnes qui m'ont "jugé" que je continue fermement à rejeter toutes les accusations ou plutôt mensonges aberrants, montés de toutes pièces par les institutions judiciaires, qui font qu'aujourd'hui ma famille et moi-même nous nous retrouvons dans cette misère.

Je suis actuellement détenu au centre pénitentiaire de Châteauroux et je serais "libre" en décembre 2002. Libre d'être expulsé vers un pays que je ne connais pas ou je serais à nouveau emprisonné et sûrement maltraité.

-----------------------------------------------------------------------------------Brahim Chalabi

PJ : certificat de scolarité, carte nationale d'identité française, livret de famille, livret militaire, photos, certificat médical, lettres de moralité.

Pour réagir à cette lettre: nous écrire.

Campagne nationale contre la double peine Campagne une peine barre ./